Le système productif numérique est notoirement tentaculaire et opaque. En conséquence, ses impacts sur les limites planétaires sont âprement difficiles à apprécier. Si ses impacts climatiques sont aujourd'hui relativement couverts (grâce notamment à la méthodologie de l'impact carbone), la route sera longue avant que les impacts liés à son intensité matière ne soient appréhendés.
Le système productif numérique est constitué des centres de données, des infrastructures de communication et des terminaux qui le composent, mais aussi de sa chaîne de fabrication et de retraitement. Or, la fabrique du numérique fait intervenir une diversité de minéraux sans égale, à un niveau de pureté qui en rendent la manufacture particulièrement coûteuse environnementalement. Réparti sur tous les continents, cette infrastructure de production est particulièrement complexe et opaque (sous le sceau du secret industriel), et il n'y a que le broyage des périphériques numériques qui parvienne à nous informer précisément de leur composition minérale. Chaque minéral provient de mines (toutes polluants) aux conditions d'exploitation disparates, tout comme les procédés métallurgiques pour les concentrer. C'est donc peu dire qu'on manque de visibilité sur les nombreux impacts environnementaux liés à l'intensité matière du numérique.
L'objectif premier de ce post-doctorat est de proposer une méthodologie pour évaluer les impacts minéraux du système productif numérique. En usant de moyens détournés (méthodologie OSInt), nous chercherons à en estimer l'intensité matière, pour ensuite en évaluer les divers impacts environnementaux liés à l'activité minière. On cherchera ici à répondre à la question suivante : comment estimer les impacts environnementaux engendrés par l'immobilisation des matières premières dans le système productif numérique ?
Le post-doctorat proposé étant d'une durée d'un an renouvelable, la deuxième année dudit post-doctorat aura pour objectif (une fois acquise une première estimation de ses impacts miniers) d'évaluer la soutenabilité de diverses trajectoires possibles pour le système productif numérique à l'aide de la méthodologie prospective. Le post-doctorat s'attachera ici à trouver des leviers d'intervention permettant d'influer sur la dépendance minérale du numérique. Un poste de doctorat en informatique sera ici proposé (dont le post-doctorat pourra contribuer à l'encadrement), qui concevra un outil d'analyse prospective systémique des impacts miniers du numérique. La question de recherche que l'on adressera est la suivante : comment dériver des trajectoires environnementales du numérique dans sa globalité à partir de leviers d'intervention sur son système productif, pour en évaluer les impacts miniers ?
Au sein du Centre Inria de l'Univresité de Lille, la personne recrutée sera principalement encadrée par Adrien Luxey-Bitri (maître de conférences) de l'équipe-projet Spirals. Dans la même équipe, seront impliqués Adrien Berthelot (maître de conférences), Romain Rouvoy (professeur) et Clément Quinton (maître de conférences HDR). Le projet implique aussi les géoscientifiques Olivier Vidal (ISTerre, Grenoble) et Catherine Truffert (Iris Instruments, Orléans), l'économiste Humberto Brea-Solis (maître de conférences à l'Univ Lille, laboratoire LEM), et la chercheuse en théorie du contrôle Sophie Cerf (équipe-projet Inria Ctrl-A, Grenoble).
La personne recrutée pourra si elle le souhaite participer à l'enseignement en informatique sur le campus de la cité scientifique. Si elle décide de poursuivre en deuxième année, elle sera aussi amenée à contribuer à l'encadrement du futur doctorat dont l'embauche est prévue en 2027-28.
Références :
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